À une vingtaine de kilomètres de Neuf-Brisach et de sa cité fortifiée, Colmar déploie un tout autre visage de l’Alsace. Ici, pas de plan géométrique tracé par un ingénieur militaire, mais un entrelacs de ruelles pavées, de canaux fleuris et de maisons à colombages qui ont traversé les siècles presque intactes. Capitale des vins d’Alsace et troisième ville de la région, Colmar concentre en un centre historique compact l’essentiel de ce que l’on vient chercher en Alsace : architecture, gastronomie et vignoble tout proche.
Sommaire
ToggleColmar en bref : une capitale historique et viticole
La première mention écrite de Colmar remonte à 823, à l’époque où la ville n’est encore qu’un domaine agricole carolingien. Elle grandit ensuite au rythme du commerce du vin et du textile, jusqu’à devenir ville libre d’Empire en 1226. L’Alsace bascule dans le royaume de France dès le traité de Westphalie en 1648, mais Colmar, membre de la Décapole, ne lui est définitivement rattachée qu’en 1673, année où Louis XIV fait raser ses remparts.
Une ville épargnée par les grandes destructions
Cette histoire explique en grande partie l’état de conservation exceptionnel du centre historique. Contrairement à Strasbourg ou Mulhouse, plus durement touchées par les combats de la poche de Colmar à l’hiver 1944-1945, la vieille ville a traversé le XXe siècle sans dommage majeur. Résultat : une densité remarquable de maisons à colombages des XVe et XVIe siècles, aujourd’hui protégées, qui donnent à Colmar cette allure de décor presque intact.
Colmar, porte d’entrée de la Route des Vins d’Alsace
Nichée au pied des Vosges et au cœur du vignoble alsacien, Colmar constitue également le point de départ le plus logique pour rejoindre la route des vins d’Alsace, qui s’étire sur plus de 170 kilomètres entre Marlenheim et Thann. Les premiers villages viticoles, comme Eguisheim ou Turckheim, se trouvent à moins de dix minutes en voiture du centre-ville, ce qui permet de combiner facilement visite urbaine et étape œnologique.
La Petite Venise, le quartier le plus emblématique de Colmar

Aucun quartier ne résume mieux l’image carte postale de Colmar que celui de la Petite Venise. Construit sur une ancienne zone marécageuse dans le faubourg de la Krutenau, il tire son surnom de son réseau de canaux bordés de maisons à colombages, où circulaient autrefois bateliers et maraîchers.
Les canaux et les balades en barque
La Lauch serpente entre le quartier des Tanneurs et le quai de la Poissonnerie, offrant l’un des points de vue les plus photographiés d’Alsace. Des barques à fond plat, semblables aux gondoles vénitiennes, partent du pont Saint-Pierre pour une trentaine de minutes de balade commentée, retraçant l’histoire du quartier et de ses anciens habitants. Le tarif tourne autour de 8 à 9 € par adulte, moitié moins pour les enfants ; en juillet et août, mieux vaut se présenter tôt, les créneaux du matin partant rapidement sans réservation individuelle possible.
Le quartier des Tanneurs
En remontant depuis le pont Saint-Pierre, le quartier des Tanneurs révèle des maisons hautes et étroites, percées de larges greniers autrefois ouverts pour faire sécher les peaux, certaines s’élevant sur six étages. Réhabilité dans les années 1960 puis classé secteur sauvegardé, ce quartier concentre aujourd’hui galeries d’art, ateliers d’artisans et petites boutiques, sans avoir perdu son caractère populaire d’origine.
Le Vieux Colmar, un centre historique à explorer à pied
Au nord de la Petite Venise, le Vieux Colmar regroupe l’essentiel des monuments emblématiques de la ville, à parcourir aisément en une demi-journée de marche.

La maison Pfister et les façades à colombages remarquables
Bâtie en 1537, la maison Pfister demeure l’exemple le plus photographié de la Renaissance colmarienne, avec sa façade peinte, sa galerie de bois et sa tourelle octogonale. À proximité, la maison des Têtes, construite en 1609 dans un style Renaissance allemande, doit son nom aux 106 têtes et masques grotesques qui ornent sa façade, surmontée d’une statue de tonnelier ajoutée vers 1902.
La Koïfhus et la place de l’Ancienne Douane
Plus ancien édifice public de la ville, achevé à la fin du XVe siècle, le Koïfhus servait autrefois d’entrepôt de marchandises taxées au rez-de-chaussée et de lieu de réunion des députés de la Décapole à l’étage. Sa toiture en tuiles vernissées rouges et vertes surplombe la place de l’Ancienne Douane, l’une des plus animées de Colmar, où se tient chaque année l’un des marchés de Noël les plus courus de la ville.
La collégiale Saint-Martin
Construite entre le XIIIe et le XIVe siècle, la collégiale Saint-Martin domine le cœur de la vieille ville de ses flèches gothiques. Souvent désignée par erreur comme une cathédrale, elle abrite un ensemble de vitraux richement décorés et un retable sculpté qui en font l’un des joyaux de l’art gothique alsacien.
Les musées incontournables de Colmar
Colmar ne se limite pas à son architecture extérieure : plusieurs musées de premier plan complètent la visite.
Le musée Unterlinden et le retable d’Issenheim

Installé dans un ancien couvent dominicain fondé au XIIIe siècle, le musée Unterlinden abrite depuis 1853 l’une des collections les plus riches d’Alsace, des vestiges gallo-romains jusqu’à l’art moderne. Sa pièce maîtresse reste le retable d’Issenheim, présenté dans l’ancienne chapelle du couvent, dont le panneau central représentant la Crucifixion reste l’un des sommets de la peinture rhénane. Le musée est ouvert toute l’année, fermé le mardi, de 9h à 18h, et compte environ 13 € l’entrée pour un adulte, avec des tarifs réduits pour les jeunes et les étudiants. Une visite complète demande généralement une à deux heures.
La maison des Têtes et autres curiosités architecturales
Au-delà d’Unterlinden, Colmar compte plusieurs autres musées de taille plus modeste, comme le musée Bartholdi consacré au sculpteur natif de la ville, auteur de la Statue de la Liberté, ou le musée des Jouets et des Trains miniatures, apprécié en famille. Ces adresses permettent de prolonger la visite sans pour autant y consacrer une journée entière.
Colmar et le vin : une immersion dans le vignoble alsacien
Difficile de visiter la capitale des vins d’Alsace sans y consacrer un chapitre entier à l’œnotourisme.
Les maisons de vins et caveaux de dégustation en ville

Plusieurs maisons de vins et winstubs du centre-ville proposent dégustations et accords mets-vins, permettant une première approche des cépages alsaciens sans quitter Colmar. Les rieslings, gewurztraminers et pinots gris de la région y sont généralement présentés aux côtés des spécialités culinaires locales, tarte flambée en tête.
Point de départ vers les villages viticoles voisins
Pour aller plus loin, les villages d’Eguisheim, Riquewihr ou Ribeauvillé, tous situés à moins de vingt minutes de voiture, concentrent domaines familiaux et caveaux ouverts à la dégustation le long de la route des vins d’Alsace. Le château du Haut-Kœnigsbourg, perché sur son éperon rocheux à une trentaine de kilomètres, complète efficacement une journée dédiée au vignoble et au patrimoine médiéval alsacien.
Que faire à Colmar selon la saison ?
Le marché couvert et les marchés de Noël
Toute l’année, le marché couvert de Colmar, en bordure de la Petite Venise, reste une étape appréciée pour découvrir les produits alsaciens du quotidien. En fin d’année, la ville se transforme en l’un des marchés de Noël les plus célèbres de France : depuis 1988, six marchés distincts se déploient dans le centre historique, de la place des Dominicains à la place de l’Ancienne Douane en passant par la Petite Venise, où des barques illuminées glissent au son des chants traditionnels. L’édition dure généralement de la fin novembre à fin décembre et attire plus de deux millions de visiteurs.
Événements et festivals
L’été s’organise notamment autour de la Foire aux vins d’Alsace, née en 1949 et installée au Parc des expositions fin juillet-début août, qui réunit plusieurs centaines d’exposants autour de dégustations commentées et d’un programme de concerts en plein air. La Fête de la Musique, le 21 juin, et la Fête de la vigne et du vin, en septembre, rythment également le calendrier colmarien.
Informations pratiques pour organiser sa visite
Accès (train, distance depuis Neuf-Brisach et Strasbourg)
La gare de Colmar, desservie par des trains directs depuis Strasbourg (environ 30 minutes de trajet, liaison horaire), Mulhouse et Bâle, se trouve à quelques centaines de mètres du centre historique piéton. Depuis Neuf-Brisach, une ligne TER régionale et plusieurs lignes de bus assurent la liaison en une vingtaine de minutes. Le musée Unterlinden lui-même se situe à moins d’un kilomètre de la gare, l’ensemble du centre-ville se parcourant aisément à pied.
Où se restaurer et dormir
L’offre hôtelière et gastronomique de Colmar est largement dimensionnée pour le tourisme, avec un choix particulièrement dense autour de la Petite Venise et du Vieux Colmar. Les winstubs traditionnelles, souvent installées dans un décor inchangé depuis plusieurs décennies, restent l’option la plus authentique pour goûter aux spécialités locales.
Durée de visite conseillée
Une journée complète permet de couvrir les incontournables du centre historique, mais deux à trois jours offrent davantage de confort pour combiner Petite Venise, musées et une incursion sur la route des vins. Colmar constitue également une base pratique pour rayonner vers Strasbourg, à moins d’une heure de train, ou vers les villages alsaciens environnants.
Colmar a-t-elle vraiment inspiré le village de Belle dans La Belle et la Bête ?
L’anecdote revient dans presque tous les guides touristiques consacrés à Colmar : ses ruelles à colombages auraient servi de modèle au village de Belle dans le classique d’animation Disney sorti en 1991. La réalité mérite d’être nuancée. Les équipes du studio, parties en repérage en Alsace à la fin des années 1980, se sont surtout inspirées des villages voisins d’Eguisheim, Riquewihr et Ribeauvillé pour l’ambiance générale du village, tandis que les châteaux de la Loire, Chambord en tête, auraient davantage influencé l’architecture du château de la Bête. Colmar n’en reste pas moins souvent citée, notamment par les guides locaux, tant l’atmosphère de son centre historique correspond à l’imaginaire du film. Ce léger flou entre légende touristique et sources documentées illustre bien la manière dont l’Alsace tout entière, et pas seulement une ville en particulier, a nourri l’esthétique de ce conte animé.
