Le Périgord, un territoire aux quatre visages

Découvrir le Périgord

Dire que l’on part « en Périgord » ne dit presque rien du voyage qui attend. Ce nom, plus ancien que celui de Dordogne, recouvre en réalité quatre territoires aux paysages, à l’histoire et à la gastronomie sensiblement différents, que le tourisme départemental a pris l’habitude de désigner par une couleur : noir, blanc, vert et pourpre. Comprendre cette mosaïque avant de partir permet d’éviter la déception classique du visiteur venu pour les grottes préhistoriques et débarqué au milieu des vignes, ou l’inverse. Voici un panorama d’ensemble, avant de partir à la découverte de chaque Périgord en détail.

Périgord, un nom plus ancien que le département

Le Périgord tire son nom des Pétrocores, un peuple gaulois dont l’étymologie signifierait « les quatre tribus » ou « les quatre armées », une coïncidence amusante quand on sait que le territoire finira, deux mille ans plus tard, par se diviser précisément en quatre. À la Révolution française, l’Assemblée nationale crée les départements sur des critères géographiques et hydrographiques : le Périgord reçoit alors le nom de sa rivière principale et devient officiellement la Dordogne. Le nom historique n’a pourtant jamais disparu de l’usage, resté synonyme d’authenticité, de terroir et d’un art de vivre que le seul mot Dordogne peine à évoquer.

Le découpage en quatre couleurs, lui, est beaucoup plus récent qu’on ne le croit souvent. Seul le Périgord noir peut se prévaloir d’une origine réellement ancienne : la distinction entre un Périgord blanc et un Périgord noir apparaît dès 1702 sous la plume de l’écrivain Donneau de Visé, à une époque où le territoire était encore administrativement divisé en deux. Le vert et le pourpre, en revanche, sont des inventions plus tardives du marketing touristique départemental, formalisées au début des années 1990 pour donner à chaque secteur une identité vendable. Le classement a d’ailleurs failli disparaître en 2013, lorsque les professionnels du tourisme de Dordogne ont un temps envisagé de l’abandonner, avant de le voir subsister sous la pression d’un attachement populaire aux couleurs, entretenu sans qu’on en connaisse toujours précisément l’origine.

Le Périgord noir, la vitrine préhistorique et médiévale

La Roque-Gageac Perigord noir

Le Périgord noir occupe le sud-est du département, autour de Sarlat, de la vallée de la Vézère et de la basse vallée de la Dordogne. C’est de loin le plus connu et le plus visité des quatre, celui que l’imaginaire collectif associe spontanément au mot Périgord : châteaux perchés, villages de pierre blonde, grottes ornées et gastronomie de canard. Son nom viendrait des chênes verts, appelés localement auzières ou yeuses, dont le feuillage sombre et persistant donne au paysage une teinte particulièrement dense une grande partie de l’année. D’autres avancent l’explication du charbon de bois produit autrefois par les forges de la région, une activité qui aurait elle aussi contribué à la réputation obscure du territoire.

Sarlat-la-Canéda concentre à elle seule une densité patrimoniale peu commune, avec plusieurs dizaines de monuments classés sur une poignée d’hectares de centre ancien. Tout autour, la vallée de la Vézère égrène les sites préhistoriques les plus célèbres au monde, à commencer par la grotte de Lascaux, tandis que les villages de La Roque-Gageac, Beynac, Domme ou Castelnaud composent l’un des paysages fluviaux les plus photographiés de France. Le Périgord noir reste, de très loin, la zone la plus fréquentée en été, au point que la visite y est parfois plus confortable en basse saison.

Le Périgord pourpre, le pays du vin et des bastides

Monpazier

Au sud-ouest du département, autour de Bergerac, s’étend le Périgord pourpre. C’est la plus récente des quatre appellations, lancée dans les années 1990 pour désigner un territoire jusque-là sans identité touristique propre, et la plus contestée aussi, puisqu’elle répond davantage à une logique de communication qu’à une réalité historique ou géographique ancienne. Le pourpre évoque la couleur du vin et celle des feuilles de vigne à l’automne, un choix cohérent pour une région viticole depuis l’époque romaine, restée relativement épargnée par la crise du phylloxéra qui a ravagé tant d’autres vignobles français à la fin du dix-neuvième siècle.

Bergerac, la ville-port qui a fait la fortune du négoce viticole vers Bordeaux, son personnage le plus célèbre, Cyrano, dont le mythe littéraire n’a en réalité aucun lien biographique avec la ville, et les bastides voisines de Monpazier et d’Eymet, deux villes neuves médiévales aux destins opposés. Au-delà de ces trois étapes, le Périgord pourpre recèle encore le château de Monbazillac et son vignoble liquoreux, la cité médiévale d’Issigeac au tracé circulaire distinct de celui des bastides, et le cloître de Cadouin, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Le Périgord blanc, le cœur administratif et calcaire

La cathédrale de Périgueux

Au centre du département, le Périgord blanc s’organise autour de Périgueux, préfecture de la Dordogne, et de la vallée de l’Isle. Son nom vient du calcaire qui affleure largement dans cette partie du territoire, une pierre blanche que l’on retrouve dans la construction de nombreux édifices locaux, à commencer par la cathédrale byzantine Saint-Front, monument le plus emblématique de Périgueux. Moins boisé et moins spectaculaire que ses voisins noir et vert, le Périgord blanc reste souvent le moins mis en avant dans les brochures touristiques, alors qu’il concentre pourtant un patrimoine gallo-romain remarquable, hérité de l’ancienne cité de Vesunna.

Le territoire s’étend vers l’ouest au-delà de Montpon, incluant des bourgs plus discrets comme Saint-Astier, Neuvic ou Mussidan, et couvrait historiquement le Ribéracois, un secteur qui a depuis préféré se rattacher au Périgord vert voisin, jugé plus porteur en termes d’image touristique. Cette bascule illustre bien la nature avant tout commerciale du découpage en couleurs : les limites entre territoires ont parfois davantage bougé au gré des stratégies de communication que des réalités géographiques.

Le Périgord vert, la nature préservée du nord

Brantôme Périgord vert

Le nord du département, autour de Nontron et de Brantôme, forme le Périgord vert, le plus boisé et le plus arrosé des quatre territoires. Son nom vient directement des paysages de prairies, de forêts et de vallons que dessinent les nombreux cours d’eau qui le traversent, notamment l’Isle, la Dronne, la Côle et l’Auvézère. Le Parc naturel régional Périgord-Limousin, qui couvre une large part de ce secteur, en fait la destination la plus tournée vers la randonnée et le tourisme de nature du département.

Brantôme, surnommée la Venise verte du Périgord pour les bras de la Dronne qui encerclent son centre ancien, en constitue l’étape la plus connue, avec son abbaye troglodytique et sa grotte du Jugement dernier sculptée à même la roche. Le village de Saint-Jean-de-Côle, classé parmi les Plus Beaux Villages de France, et le château de Hautefort, l’un des plus majestueux du département, complètent un territoire où l’artisanat d’art occupe une place importante, à l’image des coutelleries traditionnelles de Nontron.

Comment organiser une visite du Périgord à travers les quatre couleurs ?

La Dordogne reste un département suffisamment compact pour envisager de relier plusieurs de ces territoires au cours d’un même séjour, à condition d’accepter des trajets d’une heure à une heure et demie entre les secteurs les plus éloignés. Une base à Bergerac permet de rayonner facilement sur le Périgord pourpre et sur la frange sud du Périgord noir, tandis qu’un séjour centré sur Sarlat privilégiera naturellement la vallée de la Vézère et ses sites préhistoriques. Périgueux, en position centrale, constitue un point de départ pratique pour qui souhaite combiner plusieurs couleurs sans trop multiplier les kilomètres.

Le choix de la saison mérite aussi d’être pensé territoire par territoire. Le Périgord noir concentre l’essentiel de l’affluence estivale, au point que certains sites gagnent à être visités au printemps ou en automne. Le Périgord pourpre trouve son meilleur moment autour des vendanges de septembre, quand les vignes prennent justement cette teinte qui lui a donné son nom. Le Périgord vert se prête particulièrement bien aux beaux jours du printemps, lorsque les cours d’eau sont encore généreux, tandis que le Périgord blanc, moins dépendant du plein air, se visite sans grande contrainte de calendrier.

La gastronomie, enfin, varie sensiblement d’un territoire à l’autre, même si le fonds commun périgourdin reste partout reconnaissable. Truffes et foie gras dominent la table dans le Périgord noir, les noix structurent l’identité gourmande du Périgord vert autour de Brantôme, les charcuteries artisanales tiennent une place particulière dans le Périgord blanc, et le vin, sans surprise, signe toutes les tables du Périgord pourpre.

Quatre territoires, quatre prochains rendez-vous

Ce panorama n’a vocation qu’à poser les bases d’une exploration plus détaillée. Après les trois articles déjà consacrés au Périgord pourpre, retrouvonsnousenfrance.fr reviendra prochainement sur le Périgord noir et ses sites préhistoriques, sur les villages de pierre blonde du Périgord vert autour de Brantôme, puis sur le Périgord blanc et le patrimoine gallo-romain de Périgueux, pour donner à chacune de ces couleurs l’article qu’elle mérite.

Antonin

Rédacteur

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